LA PREMIÈRE FEMME ACCEPTÉE EN FRANC-MAÇONNERIE

🤓 Voici un petit travail de recherche que je ne pouvais pas introduire dans mon livre, qui reste un polar comme me l’a répété Frédéric Lepage moult fois, et non pas un livret d’explications sur la franc-maçonnerie… 🙄

Je ne boude pas, je le mets dans mon blog, et na ! 😄 En plus, je rajouterai autant d’emojis que je le veux, car j’adore ça, voilà!

🤔 Non mais, c’est vrai, ça, on parle beaucoup de francs-maçons et peu de francs-maçonnes (d’ailleurs, dès que j’écris ce terme, mon correcteur essaye de le mettre à la forme du masculin). Or, les femmes ont intégré la franc-maçonnerie dès le 18ème siècle.

Au grand dam d’ailleurs de ces messieurs, qui, pour beaucoup d’entre eux, encore aujourd’hui, rejettent cette féminisation, voire cette mixité suspecte.

Pour quelles raisons ?

Les mêmes qui, depuis des millénaires, font de la femme celle qui est née de la côte d’Adam, et non celle qui fut conçue à côté de lui, c’est-à-dire en égalité. 🥱

Ne décrochez pas ! Loin de moi de livrer ici un pamphlet sur la cause des femmes à travers le monde, même si c’est un sujet toujours malheureusement d’actualité, ce n’est pas mon propos… quoique…

En fait, je n’ai pas pu résister à la tentation de rechercher celles qui, les premières, ont intégré cette noble société, la franc-maçonnerie.

Ainsi, je suis tombée sur l’histoire d’Elisabeth et j’ai adoré. Je vous la livre…

🤫 Cela se passe dans un pays que j’adore et où ma tante paternelle prétend que nous avons des ancêtres (hum, la même qui prétend également que nous descendons d’un des maréchaux de France de François 1er…. Mouais, il y a pire…  Dans la famille de François, je prends le Chevalier Bayard ! Au temps se faire plaisir ! Ah, sacrée tata…)

👁️ Qui, quoi, où, comment?

Alors, faisons connaissance avec la première femme acceptée (on ne dit pas initiée à l’époque) en franc-maçonnerie : Lady Aldworth, née Elisabeth St Leger (1695 ? – 1775).

Celle qu’on appela « The Lady Freemason » fut acceptée à Cork (Irlande) entre 1710 et 1713 au château de son père le Vicomte de Doneraile, alors qu’elle y avait surpris une assemblée de maçons.

Dans le Finn’s Leinster Journal paru à Kilkenny le 20 mai 1772, il est écrit :

« Died at Newmarket, Co Cork, aged eighty, the Honorable Mrs Aldworth, wife of Richard Aldworth Esquire and daughter of the late Lord Doneraile. Lady Aldworth was the only woman in the world who had the honor of being made a Freemason. »

« Est décédée à Newmarket, dans le comté de Cork, à l’âge de quatre-vingts ans, l’honorable Mme Aldworth, épouse de Richard Aldworth, écuyer, et fille du défunt Lord Doneraile. Lady Aldworth fut la seule femme au monde à avoir eu l’honneur d’être admise dans la franc-maçonnerie. »

🍀 Ses origines:

La famille Saint Leger est originaire de France et même de la région parisienne et de la Normandie. Et c’est dans le sillage de Guillaume le conquérant que le premier Saint Leger, Robert de Saint Leger, le « chevalier doré« , foule le sol anglais.

(voir la tapisserie de Bayeux à Londres désormais, qui nous raconte l’épopée de Guillaume le conquérant).

C’est l’un de ses successeur, William de Saint Leger, chevalier, qui part à la conquête de l’Irlande en 1175. Il fonde la branche du Comté de Kilkenny.

Puis apparait Sir Anthony Saint Leger, chevalier de la Jarretière, qui sera vice-roi d’Irlande. Il pacifie l’île sous Henri VIII, Edward VI et Marie Tudor. Les Saint Leger de cette branche sont élevés à la pairie d’Irlande en 1703 comme barons Kilmaden et vicomtes Doneraile.

🫣 La petite Histoire d’une acceptation non prévue…

Il est avéré que le père d’Elisabeth (qui deviendra plus tard l’épouse de Richard Aldworth, esquire, soit écuyer), Arthur Saint Leger, 1er Baron de Kilmayden et Vicomte Doneraile, tenait loge en sa demeure à Doneraile Court, comté de Cork, en Irlande. Étaient membres de cette loge ses fils et quelques amis intimes du Baron.

Les Cérémonies maçonniques se tenaient donc au domicile du père d’Elisabeth.

Un jour, ou plutôt un soir, dans les années 1710 (les spécialistes hésitent entre 1710 et 1713), alors que la maison de la famille Saint Leger est en travaux, la fille du baron, Elisabeth, retire quelques briques du mur qui la sépare de la pièce où se tient la cérémonie maçonnique dirigée par son père… Elle est affolée par ce qu’elle voit et s’enfuit en courant. Le tuileur extérieur entendant cela se précipite, rattrape la jeune femme, et vient la présenter aux frères de sa loge.

Il est clair pour tous, et d’ailleurs elle l’avoue sans peine, que la jeune femme, qui a alors moins de vingt ans (elle serait née en 1695 et décédera en 1775), a surpris les travaux et une partie des secrets.

Après un long débat, les frères de la loge décident de procéder à l’initiation (appelée acceptation à l’époque) de la jeune femme : elle jure ainsi de garder le silence sur tout ce qu’elle a vu et verra, en loge maçonnique !

Bien évidemment, j’entends certains se gausser : « Ah, la légendaire curiosité des femmes ! »

Peut-être, mais les grandes découvertes sont le fruit de la curiosité, non ?

La gravure classique qui la présente en décors maçonniques la montre au signe de Compagnon. Il faut rappeler que le grade de Maître, introduit en Angleterre vers 1725, ne fut diffusé que progressivement et qu’en de nombreux endroits il demeura inconnu pendant encore quelques décennies. Au début du XVIIIème siècle, en tout cas, le parcours maçonnique s’achève au grade de Compagnon – souvent donné le même soir que le grade d’Apprenti et dans la même cérémonie.

À la différence de Maria Deraismes initiée en 1882 en France, l’initiation d’Elizabeth ne provoqua aucun scandale, bien au contraire. Un témoignage publié en 1811, écrit par un descendant d’un des membres de la loge de la Lady Freemason, affirme même qu’elle présida ensuite la loge en qualité de Vénérable Maître !

Rappelons que c’était alors parfaitement possible à tout Compagnon – en témoigne encore le fait, en Angleterre, que l’installation du Vénérable et sa prestation de serment se font justement au deuxième grade.

Elizabeth demeura toute sa vie entourée de francs-maçons : à commencer par son mari, épousé avant 1718, Richard Aldworth, qui avait lui-même assisté à son initiation !

Le texte de 1811, fondé sur des témoignages de contemporains de Mrs Aldworth, précise encore « qu’elle vénérait tellement la maçonnerie qu’elle ne supportait pas qu’on en parlât légèrement en sa présence ». Il est également rapporté qu’elle prit part à de nombreuses processions maçonniques – des événements fréquents à cette époque –, conduisant les membres de sa loge dans un carrosse…

🧐 L’Histoire, ou une histoire ?

Si les détails de son acceptation sont sujets à caution, l’appartenance de Lady Aldworth à la franc-maçonnerie ne l’est pas – comme en atteste sa stèle funéraire qui en fait mention – et son neveu Arthur Mohul St Leger, 3ème Vicomte de Doneraile (1718/1750) devenu Grand Maître d’Irlande (en 1740) ne nia jamais ce fait.

De plus on trouve le nom de Mrs Aldworth dans la liste des 416 souscripteurs de l’ouvrage D’Assigny, paru en 1744: « A Serious and Impartial Enquiry into the Cause of the Present Decay of Free-Masonry in the Kingdom of Ireland. » “Enquête sérieuse et impartiale des causes du déclin actuel de la franc-maçonnerie dans le royaume d’Irlande. »

Elle est enterrée dans l’ancienne Cathédrale St. Finnbarr Cathedral de Cork où son appartenance maçonnique ne semble pas poser de problème : en effet, contrairement à la France où la Franc-Maçonnerie eut à partie avec l’église catholique, il est avéré qu’en Angleterre et en Irlande, la cohabitation avec l’Eglise anglicane s’est faite sans trop de heurts.

 Petite conclusion:

Rappelons-nous tout de même une chose : Elisabeth Aldworth est acceptée avant 1717, c’est à dire avant la création de la Grande Loge de Londres et de Westminster (qui deviendra la future Grande Loge de Londres, puis la Grande Loge Unie d’Angleterre) et également bien avant la création de la Grande Loge d’Irlande qui n’aura lieu que vers 1729-1730.

Une femme a donc bien été initiée aux mystères et privilèges de la franc-maçonnerie, avant même que les structures définitives de la franc-maçonnerie moderne voient le jour.

Jamais aucune autre femme ne fut initiée en Irlande et, naturellement, membre de l’aristocratie anglo-irlandaise, parfaitement à l’aise dans l’ordre social de son temps, jamais Elizabeth St Leger n’a posé la moindre revendication au sujet de la « libération » des femmes. Là encore, l’histoire de Marias Deraismes, près de deux siècles plus tard, dans la France républicaine, est d’une tout autre nature et demeure fondatrice de bien autre chose !

Elisabeth Saint Leger demeurera franc-maçonne pendant encore 60 ans. Jamais elle ne sera chassée de sa loge. Les spécialistes se querellent encore pour savoir si sa loge est celle qui actuellement porte le N° 44 ou le N° 95 ou le N° 150 de la Grande Loge d’Irlande.

Le souvenir d’Elisabeth Saint Leger ne s’est pas perdu. Ainsi, à Paris, l’une des huit loges d’étude et de recherche de la Loge Nationale Française se nomme la Loge Elisabeth Saint Leger. Elle fut créée en 2004 et travaille au rite Anglais de style Emulation. Cette Loge d’études et de recherche se consacre à la maçonnerie de tradition britannique. Elle a comme particularité de recevoir les frères et les sœurs des obédiences amies afin que toutes les sœurs qui le désirent puissent assister et contribuer aux travaux de cette Loge qui connait un succès grandissant (la loge travaille d’ailleurs souvent « à guichets fermés« ).  Ce n’est pas une loge mixte.

 

 

 

écrit par Nathalie Alvarez

19 octobre 2026

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L’autrice : Nathalie Alvarez

J’ai une passion pour l’écriture qui m’accompagne depuis toujours, nourrie par ma curiosité, mes rencontres, mes lectures et mon insatiable envie de raconter des histoires.
Mon credo : Écrire est un acte solitaire qui prend tout son sens quand il est partagé (Meurtre en Mairie)

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