Du voyage d’ULYSSE au voyage des 5 compagnons en franc-maçonnerie (au R.E.A.A.)

🎶 « Heureux qui comme Ulysse » a fait un beau voyage, fredonne Brassens encore et toujours.

L’Odyssée vient d’être adaptée au cinéma par Christopher Nolan. Sorti en 2026, le film n’a pas laissé le public indifférent. Qu’on est apprécié ou non cette interprétation de l’épopée grecque qui fascine toujours, le voyage d’Ulysse est source de réflexions.

Alors, je me suis prêtée au jeu des interprétations justement, en allant voir du côté de la franc-maçonnerie. 🤔

🧐 Avec Meurtre en franc-maçonnerie, j’explore, je cherche, je m’interroge…

On dit du voyage qu’il est initiatique, le cheminement du franc-maçon l’est également. Alors ?

J’ai trouvé un lien que je vous propose :

👩‍🦯‍➡️Le voyage d’Ulysse et les 5 voyages du compagnon (au Rite Écossais Ancien et Accepté : R.E.A.A.)👨‍🦯

 Ce pourrait être le titre d’un récit d’aventures comme ceux de Stevenson, de Jack London ou de Hugo Pratt. Une ballade entre rêverie, réflexion, errance, épreuves.

Les 5 voyages du compagnon comme une invitation au voyage, un hymne à la curiosité, une promesse d’ailleurs, de découverte.

Les 5 voyages du compagnon, en forme de conte initiatique, pour partager avec vous ce récit dans la joie comme le chante Brassens.

Mais heureux vraiment Ulysse ? Heureux aussi le compagnon ?

Et qu’est-ce qu’être heureux ? Là je vais trop loin. Je laisse cette réflexion pour une autre histoire…

Je retiendrai alors la très belle réponse qu’une de mes amies me fit un jour : « Tu seras heureuse le jour où tu seras capable de t’émerveiller sur le chemin que tu as parcouru. »

Il me faut donc reprendre les étapes de ce voyage.

🤓 Quand nous lisons l’Odyssée, (du terme grec Odysseus qui signifie Ulysse, autrement dit c’est un récit sur lui-même et sur son long voyage de retour qui dura dix ans), il faut attendre l’arrivée d’Ulysse chez les Phéaciens pour entendre l’histoire de son voyage : des différentes étapes de son itinéraire de Troie vers Ithaque. Ulysse se remémore, il raconte une aventure en Flash-Back. Il doit se plier à cet exercice éprouvant du souvenir.

Parce que tout au long de son voyage il a dû lutter pour ne pas oublier, il doit encore prouver au bon roi des Phéaciens, le sage Alcinoos, qu’il n’a pas cédé à l’oubli, qu’il n’a pas perdu de vue le sens de son voyage.

Ulysse est loyal, patient, doué de la « métis », l’intelligence rusée. Au cours de son voyage, il apprend, de ses erreurs, de celles de ses compagnons, de ses rencontres.

👉 Au fait, qu’est-ce qu’un compagnon ?

Allons regarder l’étymologie du mot, parce qu’elle nous renseigne sur sa création, son histoire, éclairant son utilisation actuelle par sa signification passée.

La première syllabe dérivée du latin cum, signifie avec et exprime une réunion, une adjonction, une réalité et une simultanéité. La racine pagn du latin pagnis (pain) indique ce que l’on partage.

Gaston Pineau, enseignant chercheur en science de l’éducation et sciences sociales relève étymologiquement pour le mot compagnon, trois filets de sens :

🤔 Le 1er : Une relation de partage, d’échange, de communication d’un élément substantiel, le pain ou le pas ;

🤔 Le 2ème : Un mouvement vers une parité de relation, même dans une disparité de position, de place,

🤔 Enfin le 3ème : Une durée

Le temps

Le temps de l’appropriation, de la transformation est plus que le temps d’un simple passage, il y a une évolution avec au bout du chemin un état autre (j’y reviendrai) ; le mouvement (cheminer avec, faire des pas), l’action, la relation, la communication, ces notions définissent donc le compagnon, au sens profane certes, mais évidemment aussi au sens maçonnique.

Je ne peux alors que citer les magnifiques paroles de Jean-Pierre Vernant qui était un spécialiste de la Grèce antique :

Pour être soi il faut se projeter vers ce qui est étranger, se prolonger dans et par lui. Demeurer enclos dans son identité, c’est se perdre et cesser d’être. On se connait, on se construit par le contact, l’échange, le commerce avec l’autre. Entre les rives du même et de l’autre, l’homme est un pont.

En franc-maçonnerie, le compagnon est celui qui a quitté la terre, celui qui est passé des ténèbres à la lumière, celui qui a acquis peu à peu la parole, celui qui, d’apprenti guidé est devenu son propre guide, cherchant du sens à son cheminement.

Quel est le sens du voyage d’Ulysse ?

👉 Il s’agit de passer de la guerre (celle racontée dans l’Iliade, la guerre de Troie) à la paix, d’Eris (la discorde) à Eros, de la haine à l’amour, du chaos à l’Harmonie, de l’exil au retour chez soi, de la vie mauvaise à la vie bonne.

☝️ Qu’on ne se trompe pas, quand on parle de vie bonne, et de retour chez soi, cela ne signifie pas qu’on est dans la description d’un nationalisme « travail, famille,  patrie ». Loin de là.  Luc Ferry, philosophe français, nous explique  bien dans l’Odyssée ou le miracle grec que pour les Grecs la vie bonne pour les mortels est de  parvenir à l’harmonie de soi avec l’harmonie du monde, du Chaos au Cosmos. Et pour cela il faut prendre le temps de connaître les autres, parfois de les combattre, parfois de les aimer, de se civiliser soi-même, de découvrir des cultures différentes, des paysages infiniment divers, de connaître les tréfonds du cœur humain dans leurs aspects les moins évidents, de mesurer ses propres limites dans l’épreuve : bref, devenir un être d’harmonie ne se fait pas en un jour, ni sans subir de nombreuses expériences. Et celles-ci ne sont pas semées au hasard sur la route d’Ulysse.

C’est une quête de sens et de sagesse. C’est un récit initiatique, le berceau de la philosophie.

Les 5 voyages du compagnon commencent par un retour à la matrice originelle : le noir, l’athanor du cabinet de réflexion, la terre. C’est un retour sur soi, un abandon à cette mort symbolique.

Puis le récipiendaire va effectuer ses 5 voyages initiatiques durant lesquels on lui propose de nouveaux outils symboliques. Il sait que pour transformer sa pierre brute en pierre cubique puis en pierre angulaire d’un temple capable de réunir toute l’humanité dans une même foi, une même espérance et un même amour, il a encore beaucoup à apprendre.

Et qu’est-ce qu’est apprendre ?

Apprendre est un cheminement singulier, dans le sens où personne ne peut le faire à notre place, et paradoxalement, on ne peut le faire tout seul.

Il faut que l’apprenant soit stimulé, questionné, interpellé. Il lui faut déconstruire ses conceptions, pour construire de nouveaux savoirs. Dans ce contexte l’accompagnement est nécessaire : pour devenir auteur de son propre apprentissage et aller au-delà de ses résistances à  remettre en question ses idées, ses conceptions, l’apprenant a besoin de l’autre. Cet autre qui va lui fournir des « possibles » avec lesquels il va interagir. L’accompagnant ne dicte pas, ne fait pas à la place de, ne dirige pas, il guide, il éclaire. C’est le compagnon de voyage.

Nous voyons bien du coup, qu’un facteur est indispensable à toute démarche d’apprentissage : le temps, encore lui. Le temps qu’il faut pour se questionner, pour trouver un sens à son projet, pour dépasser ses résistances, pour se confronter aux autres. Un temps pour le doute. Le temps de la métamorphose.

Le degré du compagnon est soumis au nombre 5, le nombre de l’homme parfait, coordination idéalisée entre le corps et l’esprit.

Je vous renvoie au site jepense.org pour plus de détails : lien

✍️ Voici ce que j’ai retenu de mes lectures :

🔨 L’aspirant compagnon effectue son premier voyage avec le maillet et le ciseau, l’un symbolisant l’énergie agissante qui met en œuvre les connaissances symbolisées par l’autre. Il est incité développer ses 5 sens, rappelant le précepte qui aurait figuré sur le temple de Delphes : «Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’Univers et les Dieux». Premières sensations de vertige, se connaître soi ? Tâche immense, voyage infini…

Pour les Grecs ce qui caractérise la mort c’est la perte d’identité. Or l’identité de la personne passe par trois points cruciaux nous rappelle Luc Ferry : l’appartenance à une communauté harmonieuse, un cosmos ; la mémoire, les souvenirs sans lesquels on ne sait plus qui l’ont est. Il faut savoir d’où l’on vient pour savoir qui l’on est et où on doit aller. Et enfin, il faut accepter la condition humaine, c’est-à-dire malgré tout, la finitude.

En alchimie, on dit que la transformation de l’être passera par une phase noire et une phase blanche. Autrement dit , vers la connaissance de moi-même je ne me perdrai pas entre l’oubli et l’orgueil.

📐 Le thème du deuxième voyage  porte sur l’art de bâtir, l’architecture. Ce qu’on appelle aussi l’Art Royal. Je retrouve à nouveau l’alchimie qui au Moyen Age était aussi appelée Art Royal. Cependant l’Art Royal dont il est plus particulièrement question dans ce 2ème voyage correspond à l’Art des bâtisseurs, la géométrie, qui va au-delà des techniques opératives plus ou moins complexes. L’homme est invité à repenser le monde, du microcosme au macrocosme : c’est une voie de l’éveil, un voyage vers la révélation de soi et du tout.

Le compagnon prend alors en main l’équerre, symbole de la nécessaire rectitude de la construction, symbole de la stabilité dans l’effort et la rigueur, ainsi que le compas qui symbolise le sens des proportions, la liberté créatrice, la mesure des capacités. Le futur compagnon est invité à consolider ses fondations : rien ne sert à tailler sa pierre si la base est bancale. Le travail sur lui-même et ses passions lui permettront d’accéder au libre arbitre.

📏 Le troisième voyage s’effectue avec la règle, symbole de la Loi Morale, de la mesure, de la justesse, et le levier qui permet de décupler la force mise en œuvre pour vaincre les obstacles. Des outils nécessaires devant la tâche qui l’attend. Il entre dans le domaine des Sciences. C’est l’essentiel des connaissances sur l’Univers qui lui est proposé, ainsi qu’une démarche d’induction et de déduction qui met en œuvre une observation, une réflexion. Du microcosme au macrocosme et inversement, le compagnon est conscient d’appartenir à un tout. Il est appelé à devenir responsable de lui-même, de ses actes, de son attitude.

🧵 Lors du 4ème voyage, le futur compagnon porte le fil à plomb qui l’invite à la recherche en profondeur, à trouver un équilibre et un aplomb dans le maintien de toutes les attitudes de son être. Avec cet outil, il reçoit le niveau, qui symbolise le passage d’un état à l’autre, l’équilibre comme union parfaite de la verticalité et de l’horizontalité, médiateur entre le ciel et la terre.

Le récipiendaire fait connaissance avec les Bienfaiteurs de l’humanité. Ils sont pour le compagnon des exemples, sages et initiés. Ils lui rappellent non pas ses limites mais sa perfectibilité.

Luc Ferry relève dans l’enseignement d’Homère ce qu’est le sage pour les Grecs : le sage est celui qui accepte sa condition de mortel : il n’est pas Dieu, il est lui-même. Il est celui qui parvient à la sérénité en ayant chassé ses peurs : il s’ouvre aux autres, il a la capacité de penser et d’aimer. Le sage est celui qui est capable d’habiter le présent comme s’il était éternité. Être ici et maintenant enrichi et dynamisé par les expériences du passé et l’évocation du futur.

Enfin, le sage est celui qui parvient à se réconcilier avec le cosmos, à s’ajuster à lui et y trouver sa place. Conscient que l’ordre cosmique est éternel, le sage comprend qu’il est lui-même un fragment d’éternité.

🤲 Le 5ème voyage s’effectue sans outils, les mains libres, marqué par l’engagement nécessaire avec les autres dans une grande œuvre commune : Gloire au travail. Glorifier son travail est pour le nouveau compagnon une invitation à y mettre le meilleur de lui-même, avec amour, plaisir.

🌟 Pour cela, l’étoile le guide, comme l’étoile polaire guidant les marins. Les outils utilisés l’amènent à travailler sur plusieurs plans, le niveau l’invite à s’élever. L’étoile flamboyante est quintessence de la connaissance, en son cœur la lettre G, symbole au cœur du symbole, indique le chemin de l’éveil de la conscience, de l’équilibre parfait, l’harmonie en soi et avec les autres.

Tant encore à dire, je dois à un moment laisser là ma réflexion.

🤔 Alors heureux le compagnon ? Heureux Ulysse ?

Heureux, Ulysse l’est certainement de retour sur Ithaque, seul, devenu enfin lui-même. Dans les bras de Pénélope qui le reconnait enfin, il est là, s’abandonnant à l’amour, dans la joie de l’instant présent, en harmonie.

Mais il lui reste encore du chemin ; celui de sa vie bonne, sa vie au présent dans la construction pour lui-même, les siens, son peuple. Que fera-t-il de ce qu’il a appris ?

L’heure n’est pas au repos, l’étoile flamboie au loin et le voyage continue. Il y a tant à découvrir encore.

Jean-Pierre Vernant disait :

L’Odyssée est un grand portail où, sans le savoir, nous apprenons que l’homme est histoire, civilisation, culture, fabrication, invention, ouverture et transformation, autant que malheurs et bonheurs personnels, il est société autant que soi. 

Nous portons en nous, nos erreurs, nos cicatrices, nos succès, nos joies. Nous pouvons nous émerveiller de ce chemin parcouru. Nous n’avons pas sombré dans l’oubli.

Le voyage continue.

Qui a dit que ce n’est pas un beau voyage ? 🤗

 

 

 

 

 

écrit par Nathalie Alvarez

2 novembre 2026

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L’autrice : Nathalie Alvarez

J’ai une passion pour l’écriture qui m’accompagne depuis toujours, nourrie par ma curiosité, mes rencontres, mes lectures et mon insatiable envie de raconter des histoires.
Mon credo : Écrire est un acte solitaire qui prend tout son sens quand il est partagé (Meurtre en Mairie)

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