LE GROS SOUPER DE NOËL de MÉMÉ LUCETTE (EXTRAIT de MEURTRE EN FRANC-MAÇONNERIE)

🤫Voici, juste pour vous, un nouvel extrait de « Meurtre en Franc-maçonnerie ».

Lucette nous décrit le gros souper provençal. Vous retrouverez les recettes à la fin de ce troisième tome. Et pour vous prouver qu’elles sont bonnes, malgré le peu d’attrait que leur nom nous donne, je rajoute quelques photos de mon gros souper du Noël 2025 à la mode mémé Lucette.

Et maintenant vous serez imbattables sur le Gros Souper qui n’est pas composé uniquement des 13 desserts. 🎄

Bonne lecture!

— Alors, ce soir, on va fêter le réveillon selon la tradition provençale. Bon, je sais qu’il y a des querelles en fonction des endroits, mais moi je vous ai préparé ce qu’on faisait dans ma famille, ici, quand j’étais petite.

L’air réjoui de la vieille dame ne laissait pas de doute, elle était heureuse de cette grande tablée. Cela faisait plusieurs Noël qu’elle passait en comité réduit, mais là, préparer le souper pour seize personnes, c’était la fête !

— Bien entendu, tout ça c’est un mélange de traditions païennes reprises par l’église catholique, mais on ne parle pas de croyances, d’accord ? Alors, pour commencer on met trois nappes blanches sur la table par taille décroissante qui représentent la trinité : le Père, le fils et le Saint Esprit. Les filles vous posez les trois chandeliers pour le Passé, le Présent et le Futur. Les petiots avec François, vous posez les trois soucoupes de blé germé de la Sainte Barbe pour l’Espérance. Et maintenant les plus vieux, vous mettez la table pendant que moi et les jeunes on va chercher ce qu’il faut à la cuisine.

Chacun prit enfin place autour de la table aux tons blancs et or, décorée de branches de petit houx et de conifères fraîchement taillées. Ça sentait bon le résineux et l’herbe mouillée.

— Nous allons donc consommer le gros souper. C’est le repas maigre de la veillée de Noël avant la messe de minuit.

— Lucette, c’est un peu paradoxal, l’appeler gros souper et dire qu’il est maigre.

— Bien vu Gérard. Toujours à décortiquer tout ce qu’on vous dit, hein ? Ah, ah, ah. Pour les provençaux, comme mes parents par exemple, et surtout pour les générations d’avant, il était « gros » parce que c’était le repas le plus important de l’année. Et les plats étaient « maigres », parce qu’on faisait abstinence, donc pas de viande ou de gras. On mettait sur la table ce qu’on pouvait y mettre.

Lucette souleva le couvercle d’une énorme soupière d’où s’échappa une vapeur parfumée.

— Au menu, sept plats maigres en souvenirs des sept douleurs de la Vierge Marie et les treize desserts pour le Christ et ses douze apôtres. On a tout posé sur la desserte, car traditionnellement, on place tous les plats de l’entrée au dessert sur la table. On va commencer par le potage. Normalement, cela devrait être l’eau bouillie ou l’aigo boulido, le potage à l’ail. Mais on le garde pour le soir de Noël pour aider à la digestion. Je vous ai préparé de la soupe aux choux. Ne vous inquiétez pas pour la digestion, j’ai mis de l’ail et des clous de girofle. Et je l’ai bien blanchi.

[…]

La mémé Lucette en profita pour annoncer la suite du repas.

— Alors, n’hésitez pas à vous lever et aller vous servir maintenant, tant que c’est chaud. Pour continuer, vous avez : la salade de céleris aux anchois, le cabillaud en raïto, les moules farcies, le tian d’épinards, le tian de côtes de blettes et la recette gourmande de ma mère : le tian de panais confits au thym. Alors je sais, dit comme ça, ces plats n’ont pas l’air très glamours, mais vous m’en direz des nouvelles.

[…]

La mémé invita tout le monde à passer du côté du salon pour déguster les 13 desserts.

— Et ne débarrassez pas la table, c’est la part des anges !

[…]

— Allez, les petiots, à vous de jouer. Qu’est-ce qu’on a comme desserts ?

Les enfants du juge, trop contents d’avoir enfin l’attention dirigée vers eux, commencèrent l’inventaire parfois aidés par la mémé.

— La pompe à huile qu’on a faite avec mémé tout à l’heure, le nougat blanc, le nougat noir, les quatre mendiants*: amandes, figues séchées, raisins secs et noix, les mandarines, les poires, le melon vert, des marrons glacés de Collobrières, de la pâte de coings et des chocolats de Puyricard.

— Ouaip, c’est ma seule concession à ce gros souper. Ma mère nous achetait quelques dragées au chocolat pour Noël et, avec les mandarines, c’était pour moi le plus beau cadeau. Ça sentait tellement bon !

La vieille dame était émue. Passer un Noël avec autant d’amis, de famille la réjouissait. Surtout que tous avaient demandé de revivre cette fête selon les traditions. Les souvenirs de son enfance affluaient.

La grande pièce était décorée avec des chandelles, des branchages de houx, de genièvre, de laurier, des oranges piquées de clous de girofles, des citrons, des noix de muscades. Leur sapin ressemblait à un buisson de branches entremêlées, colorées par les agrumes, les pommes et les guirlandes de baies. La nature hivernale avait envahi la pièce, lui donnant un air de féérie.

Éric apporta les digestifs, une collection de ratafias, dont le fameux sauve-chrétien et Marta ajouta les tisanes.

Elias Fattal et sa famille partirent pour la messe de minuit et les autres s’enfoncèrent plus moelleusement dans les canapés. […]

 

*Le nom de « 4 mendiants » a été donné par similitude entre leur couleur et celle de l’habit des 4 ordres : Noix ou noisettes : les augustins ; Figues : les franciscains ; Amandes : les carmes ; raisins : les dominicains

 

écrit par Nathalie Alvarez

23 décembre 2025

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L’autrice : Nathalie Alvarez

J’ai une passion pour l’écriture qui m’accompagne depuis toujours, nourrie par ma curiosité, mes rencontres, mes lectures et mon insatiable envie de raconter des histoires.
Mon credo : Écrire est un acte solitaire qui prend tout son sens quand il est partagé (Meurtre en Mairie)

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